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Téléphone mobile et santé : deux rapports, deux interprétations

http://www.larecherche.fr/content/actualite-sante/article?id=26678

© microimages - Fotolia.comRendu public il y a quelques jours, le rapport de l’Opecst sur les incidences éventuelles sur la santé de la téléphonie mobile tranche avec les récentes déclarations de l’Afsset.

Lors de la présentation du rapport de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst) sur « les incidences éventuelles sur la santé de la téléphonie mobile », le député Alain Geist s’est voulu rassurant : « Il n’y a pas de risques sanitaires avérés en ce qui concerne l’usage des téléphones portables pour des durées de moins de 10 ans. Mais des interrogations demeurent pour les effets à long terme, même si aucun mécanisme biologique ne plaide actuellement en faveur de cette hypothèse ». Dans la salle, un journaliste a aussitôt demandé au député de commenter l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail (Afsset), publié il y a quelques semaines sur le même sujet. Visiblement agacé, le député a salué l’excellent travail effectué par l’Agence. Avant de lâcher : « Nos conclusions vont dans le même sens, mais je regrette la présentation biaisée du rapport de l’Afsset. Ce que les gens en ont retenu malheureusement, ce sont les très légers doutes soulevés, balayant d’un revers de main des pages et des pages de négations ».

Un rappel des faits s’impose. Le 15 octobre 2009, après s’être procuré des exemplaires du rapport de l‘Afsset, Le Monde et Le Figaro titrent respectivement « Exposition aux radiofréquences : aucune preuve convaincante d’un effet biologique » et « Antennes-relais, portables : le rapport qui rassure ». Dans la journée, Martin Guespereau, directeur de l’Afsset, tient une conférence de presse. « La science, ce n’est jamais au poids, souligne-t-il. N’attendons pas que les signaux deviennent des pathologies pour avancer dans la réduction des expositions ». Quant au communiqué de presse, il indique l’existence d’effets des radiofréquences sur des fonctions cellulaires, rapportés par une dizaine d’études expérimentales considérées comme « incontestables ». Il n’en faut pas plus aux associations pour crier victoire : « Cet avis rompt avec la prétendue unanimité scientifique, puisqu’il ose reconnaître une incertitude en matière de téléphonie mobile », estime Janine Le Calvez, du Priartem. Dès le lendemain, les deux quotidiens nationaux publient des articles plus mesurés. C’est à n’y rien comprendre !

Des chercheurs découragés. «Il s’agit là d’un cas classique, souligne Bernard Veyret, du laboratoire de l’Intégration du matériau au système (IMS) à Bordeaux. Quand on lit le rapport de l’Afsset, les conclusions vont dans le sens de la plupart des publications scientifiques déjà publiées. Il n’y a rien de nouveau. Mais pendant la conférence de presse, l’accent a été mis sur 9 études, certes rigoureuses mais non pertinentes selon moi, montrant des effets biologiques des radiofréquences, contre 82 qui n’en montrent pas ». Et d’ajouter : « Il y a de quoi décourager les chercheurs, puisqu’au final, leur travail semble ne pas être pris en compte ». De son côté, Stéphane Kerckhove, de l’association Agir pour l’environnement, se montre satisfait : « Alors que certains experts ont failli refuser de signer le rapport, qu’ils estimaient trop favorables aux opérateurs, cet avis marque enfin une rupture avec la stratégie de déni de la direction précédente ».

Dans les faits, les recommandations de l’Afsset s’alignent pourtant sur celles de l’Opecst. À savoir : privilégier la poursuite de recherches sur les risques éventuels des téléphones portables, favoriser les innovations destinées à baisser le niveau d’exposition (oreillettes rétractables ou coques anti-ondes) et inciter opérateurs et fabricants à une meilleure transparence. Et ce, via l’inscription du débit d’absorption spécifique (DAS) sur le téléphone portable ou l’amélioration du site Cartoradio.fr, sur lequel on retrouve la localisation de toutes les antennes en France, ainsi que les mesures réalisées à proximité.

En outre, l’Opesct encourage la mise en place d’une structure de recherche indépendante et pluridisciplinaire, incluant les travaux des laboratoires privés. Pour financer celle-ci, une taxe de 0,50 euros sur chaque téléphone vendu est envisagée et devrait faire l’objet d’une proposition de loi. Les deux rapports s’accordent aussi sur la nécessité pour la France d’initier une démarche internationale sur ces questions. Et reconnaissent aussi le besoin d’en savoir plus sur les problèmes rencontrés par les personnes se déclarant hypersensibles, en soutenant les associations concernées.

Jeux de rhétorique. En résumé, l’Afsset et l’Opesct aboutissent donc aux mêmes conclusions. Mais par des jeux de rhétorique, le message officiel diffère. En quoi cela est-il important ? « Cela risque de compliquer la communication auprès du grand public, déjà difficile » reconnaît Alain Geist. Avant de rappeler que si, en France, les études scientifiques sur les liens entre téléphones portables et santé suscitent autant de méfiance, c’est en partie à cause d’Interphone. Voilà deux ans que les résultats de cette vaste étude épidémiologique sont attendus, suscitant de nombreuses rumeurs. Le Centre international de recherche sur le cancer a toutefois annoncé sa publication dans les semaines qui viennent. Mais cela servira-t-il à recentrer le débat ? Rien n’est moins sûr. Notre enquête publiée en septembre révélait que faute de s’être entendus sur l’interprétation des données, deux camps se sont formés parmi les chercheurs. Au final, deux conclusions différentes seront publiées. Voilà qui risque de ne pas jouer en faveur des chercheurs, « que l’on entend pas assez en France », regrette Alain Geist.

Cédric Duval

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