
Une équipe de neurologues vient d’effacer chez des souris transgéniques la mémoire d’un événement effrayant. Ce faisant, ils confirment que l’activation de certains neurones déclenche la mémorisation à long terme.
Jusqu’à présent, on supposait que la mémoire à long terme était déclenchée par l’activation de certains neurones pendant que se produit un événement. Mais comment le démontrer ? Une équipe internationale de neurologues vient d’apporter une forme de preuve. Ils ont réussi à effacer le souvenir d’un événement en détruisant des neurones activés lors de la mémorisation [1].
Pour cela, ils se sont appuyés sur une première expérience réalisée en 2007 chez des souris. Les neurologues étaient déjà parvenus à marquer des neurones qui s’activent lors de la mémorisation de l’écoute d’un son associé à un choc électrique. Dans ce but, ils avaient modifié 15 % de la population de neurones de l’amygdale latérale de souris – un noyau intervenant dans la mémoire de la peur – en leur injectant un vecteur qui augmente la synthèse de la protéine Creb.
Cette protéine induit la formation ou le renforcement de nouvelles synapses entre les neurones lors de la mise en mémoire à long terme d’un événement. Ces souris ont ensuite été entraînées à associer un son à un choc électrique, donc à avoir peur de ce son. Après avoir disséqué les souris, les chercheurs constatèrent – au microscope car les neurones modifiés exprimaient aussi une protéine fluorescente – que lesdits neurones s’activent plus que les autres lors de l’apprentissage mais aussi lors de l’audition ultérieure du son [2].
En 2009, les auteurs ont repris le même type de souris transgénique, mais avec une astuce supplémentaire. Lors de la préparation des animaux, ils ont ajouté un récepteur de la toxine diphtérique à leur vecteur génétique. Après la phase d’apprentissage du son effrayant, ils ont donc pu détruire les neurones surproducteurs de la protéine Creb dans l’amygdale, par simple injection de la toxine diphtérique. Résultat immédiat : les souris ne s’immobilisèrent plus en entendant le son effrayant. La destruction dans l’amygdale de neurones surproducteurs de Creb supprimait bien la mémoire de la peur.
« Ils ont réussi à identifier un réseau de neurones porteurs d’une trace mnésique, et confirmé au passage l’idée selon laquelle les neurones impliqués dans une mémoire quelconque sont dispersés : ils ne forment pas un collectif compact », commente le neurologue Rémy Lestienne. Reste à comprendre ce qui provoque, dans les conditions naturelles, la sélection de certains neurones lors d’un événement marquant. « Nous ne savons pas encore comment ni pourquoi tel ou tel neurone est sélectionné pour participer à la mémorisation d’un événement, ni expliquer la variabilité naturelle de concentration de protéine Creb d’un neurone à l’autre », reconnaît Rémy Lestienne.
Patrick Philipon
[1] J.-H. Han et al., Science, 323, 1 492, 2009.
[2] J.-H. Han et al., Science, 316, 457, 2007
http://www.larecherche.fr/content/actualite/article?id=25278