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Sexe : la pilule est-elle amère ?

La pilule contraceptive, en bloquant l'ovulation, annihilerait les variations des préférences sexuelles et de l'attractivité des femmes au cours du cycle menstruel.

Jean-Jacques Perrier

La pilule contraceptive influence les femmes dans le choix de leur partenaire sexuel, suggèrent Alexandra Alvergne et Virpi Lummaa, de l'Université de Sheffield, au Royaume-Uni, dans une synthèse des recherches publiées ces dernières années. Pour la psychologie évolutionniste et l'écologie comportementale, branches de la psychologie et de l'éthologie qui s'inspirent de la théorie néodarwinienne de l'évolution, la principale fonction de l'attirance des sexes et du sentiment amoureux est de maximiser les chances de se reproduire et de transmettre ses gènes. Ainsi, la sélection naturelle aurait favorisé, chez la femme, la capacité à reconnaître les indices de « qualité génétique » chez l'homme lorsque la reproduction a le plus de chances de réussir, c'est-à-dire autour de l'ovulation. Par exemple, la testostérone, l'hormone mâle, diminue l'efficacité du système immunitaire contre les agents pathogènes. Un visage bien masculin (visage carré, arcades sourcilières marquées...) est un indice de qualité génétique car il témoigne d'une capacité à résister, malgré l'effet immuno-suppresseur de la testostérone, aux micro-organismes pathogènes.

En clair, dans la période pré-ovulatoire, la femme serait attirée particulièrement par des caractères de « bons gènes », comme la masculinité ou la capacité à être dominant. En revanche, hors de cette période, le choix féminin du partenaire sexuel reposerait sur des critères indépendants de la qualité reproductive, tels le statut social ou l'aptitude à être un « bon père ». Point de facteurs sociaux et culturels directement impliqués dans cette approche, mais des mécanismes sélectionnés par l'évolution parce qu'ils répondent à la nécessité du succès reproducteur. Aussi, étant donné que la pilule modifie l'équilibre hormonal au cours du cycle menstruel, les psychologues évolutionnistes s'attendent à ce qu'elle change aussi les préférences sexuelles et le choix du partenaire. Y compris pour l'homme, qui, d'après des tests comparant l'attrirance exercée par des femmes, préférerait les femmes en ovulation — ce qui sous-entend qu'il serait capable de détecter cet état.

Qu'en est-il ? A. Alvergne et V. Lummaa ont recensé les études scientifiques qui ont analysé la variation des préférences sexuelles au cours du cycle menstruel. Ces études consistent généralement à interroger des femmes volontaires, prenant ou non la pilule, sur le type de partenaire qu'elles préfèrent à différents moments de leur cycle : préférences physiques, face à des photos présentant différentes caractéristiques du visage (plus ou moins symétrique par exemple), mais aussi préférences vocales et olfactives. L'une de ces études, notamment, réalisée en 2008 par le groupe de Craig Roberts et Marion Petrie à l'Université de Newcastle, a convaincu les deux chercheuses de l'intérêt du sujet. Au terme de leur bilan critique, « il existe des preuves émergentes que l'utilisation de la pilule par les femmes peut perturber la variation des préférences sexuelles pendant le cycle menstruel, l'attrait qu'elles présentent pour les hommes, et leur capacité à concurrencer les femmes aux cycles normaux dans l'accès aux partenaires ».

Cependant, les résultats obtenus jusqu'à présent souffrent d'importantes limites, ajoutent-elles. Ce sont souvent des groupes d'étudiants occidentaux qui sont testés. De plus, toutes les études sauf une — celle de Newcastle — reposaient sur des méthodes comparant deux groupes de femmes, celles prenant la pilule et celles ne la prenant pas. Ces protocoles ne permettent pas de connaître l'influence, sur les préférences et le comportement sexuel, d'éventuelles différences intrinsèques entre utilisatrices et non-utilisatrices de la pilule (il faudrait pour cela tester les préférences des mêmes femmes avant et après qu'elles prennent la pilule). Et d'appeler à d'autres recherches faisant appel à des populations plus diversifiées, avec notamment une question : l'usage des contraceptifs oraux peut-il avoir, en provoquant un biais de sélection, des conséquences à long terme sur la capacité des couples à se reproduire ?

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-sexe-la-pilule-est-elle-amere-23509.php


Sexe : la pilule est-elle amère ?
DR

à voir aussi

Trends in Ecology and Evolution, Elsevier Ltd
Dans une étude de 2002, ces images composites d'un visage masculin ont servi à tester les préférences de femmes pour le partenaire sexuel. Elles ont été créées par ordinateur en mélangeant des images de visages masculins et autant de visages féminins adoptant la même pose neutre. En faisant varier les proportions, le visage est féminisé à 50 pour cent (à gauche), ou masculinisé à 50 pour cent (à droite). Dans plusieurs études, les femmes qui ne prenaient pas la pilule avaient, durant la période pré-ovulatoire, une préférence pour les visages plus masculins, alors que des femmes qui la prenaient préféraient en plus grande proportion des visages féminins tout au long du cycle.

Pour en savoir plus

A. Alvergne et V. Lummaa, Does the contraceptive pill alter mate choice in humans ?, Trends in Ecology and Evolution, en ligne, octobre 2009.
 
S.C. Roberts et al., MHC-correlated odour preferences in humans and the use of oral contraceptives, Proceedings of the Royal Society B, vol. 275, pp. 2715-2722, 2008.

L'auteur

Jean-Jacques Perrier est journaliste à Pour la Science.
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