
Une équipe de l’Institut Karolinska de Stockholm vient de mettre en évidence la capacité des cellules musculaires du coeur à se renouveler. Cette découverte coupe court à une idée reçue : le coeur est un organe qui ne change pas après la naissance.
Le coeur humain est souvent considéré comme un organe dont les cellules ne se divisent pas après la naissance. Mais est-ce réellement le cas ? Pour répondre à cette question, l’équipe menée par le Suédois Jonas Frisén a utilisé une technique particulière de datation au carbone 14 : elle tire profit des retombées des essais nucléaires effectués à l’air libre depuis le milieu des années 1950 jusqu’à 1963, date de leur interdiction.
Le principe en est simple. Ces essais ont dégagé une quantité importante de dioxyde de carbone, du CO2, dont le carbone est du carbone 14. Or, le CO2 atmosphérique est utilisé par les plantes pour fabriquer leur matière organique, et ces plantes servent ensuite de source de matière carbonée aux animaux. Aussi le taux de carbone 14 intégré dans l’ADN des cellules d’un animal – une personne par exemple - permet-il de déterminer la date de naissance desdites cellules. En la comparant à la date de naissance de la personne, il est alors aisé de distinguer si des cellules sont apparues au cours de sa vie.
L’équipe de Frisén avait mis au point cette technique en 2005, pour étudier l’éventuel renouvellement cellulaire du cortex cérébral occipital (montrant à cette occasion que les neurones ne s’y renouvelaient pas). Concernant le coeur, elle s’est intéressée aux cardiomyocytes, les cellules musculaires à l’origine de la contraction cardiaque, et qui représentent 20 % des cellules de l’organe. Et cela, en étudiant des coeurs sains prélevés sur des personnes décédées [1].
Résultat ? La conclusion la plus plausible est que les cardiomyocytes se renouvellent lentement, à un rythme qui décroît légèrement au fil du temps : à 20 ans, la proportion de cellules renouvelées chaque année est de 1 %, tandis qu’à 75 ans, elle n’atteint que 0,45 %. On estime qu’à la fin de notre vie, près de la moitié des cardiomyocytes s’est renouvelée.
On ne peut s’empêcher de s’interroger : serait-il possible de tirer parti de ce phénomène en stimulant par exemple la production de nouveaux cardiomyocytes après un infarctus ? Avant de pouvoir répondre à cette question, une première étape va consister à identifier les cellules (cellules souches ou cardiomyocytes matures) à l’origine du renouvellement.
Emeline Trembleau
[1] O. Bergmann et al., Science, 324, 98, 2009
http://www.larecherche.fr/content/actualite/article?id=25277