Les os fossilisés de dinosaure renferment-ils, oui ou non, des fragments de protéines intacts ?
En 2007, Mary Schweitzer, de l’université de Caroline du Nord, à Raleigh, annonçait avoir retrouvé des fragments de protéines, du collagène, dans un os de Tyrannosaurus rex vieux de 68 millions d’années [1]. Une pluie de critiques s’abattit alors. Du collagène dans un fossile si ancien ? Comment expliquer qu’il ait résisté à l’usure du temps ? Jusque-là, le plus ancien collagène jamais retrouvé avait seulement quelques centaines de milliers d’années ! Pour la plupart des commentateurs, ce collagène résultait d’une contamination des échantillons. Mais, dans un nouvel article, Mary Schweitzer et ses collaborateurs annoncent avoir à nouveau identifié des fragments de protéines, cette fois dans les os d’un hadrosaure de 80 mil- Sur la piste des protéines de dinosaure lions d’années [2]. Que penser de ces résultats ?
Pour Eva-Maria Geigl, de l’institut Jacques-Monod, à Paris : « L’équipe de Mary Schweitzer a fait beaucoup d’efforts pour réfuter un à un les contre-arguments. » D’abord, des précautions particulières ont été prises lors des fouilles pour préserver le plus possible les os de toute contamination. Ensuite, ceux-ci ont été répartis entre le laboratoire de Mary Schweitzer et celui de Raghu Kallauri, à l’université Harvard. Et chaque équipe a utilisé sa propre méthode pour préparer et analyser les échantillons. Or, ces deux analyses ont conclu à la présence de collagène. Pour Eva-Maria Geigl : « On peut considérer ce résultat comme plausible, tant qu’une objection imparable n’est pas présentée. »
Mais tout le monde n’est pas convaincu. Ainsi Ludovic Orlando, de l’institut de génomique fonctionnelle de Lyon, reconnaît que cette nouvelle étude est plus probante que la précédente. Cela dit, il s’interroge sur deux points. D’abord, ce collagène ne porte pas certaines marques de dégradation qu’il serait normal de trouver, ce qui laisse planer un doute sur son ancienneté. En outre, les analyses menées ne permettent pas d’exclure l’hypothèse avancée en 2008 par une équipe du muséum de Seattle : ce qui apparaît comme du tissu osseux pourrait être du biofi lm bactérien [3]. Pour ces deux raisons, et « en dépit d’un très fort désir que Mary Schweitzer ait raison », il reste réservé. En attendant un prochain article, qui lèverait ces ultimes doutes.
Frédéric Woirgard
http://www.larecherche.fr/content/actualite/article?id=25990