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Les trithérapies réduisent la transmission.

Au  Mali, campagne de prévention nationale sur le sida. La prise d’antirétroviraux par les séropositifs réduit fortement le risque de transmission du virus au partenaire dans les couples hétérosexuels.

Utilisés pour traiter les malades du sida, les antirétroviraux seraient également utiles pour juguler l’épidémie. C’est en tout cas ce que suggèrent les résultats préliminaires d’une étude d’envergure présentée en février à San Francisco lors de la XVIIe Conférence sur les rétrovirus et les infections opportunistes [1]. Pilotée par Deborah Donnell, du centre de recherche sur le cancer Fred Hutchinson de Seattle, elle révèle que la prise d’antirétroviraux en trithérapie est associée à une réduction drastique du risque de transmission du virus de la maladie, le VIH.

Partenaire sain. Menée dans sept pays africains, l’étude a porté sur 3 381 couples hétérosexuels dont la femme est séropositive mais pas l’homme, ou vice-versa. Tous les trois mois, les partenaires séronégatifs ont été soumis à un test de dépistage du VIH, durant 12 mois et jusqu’à 24 pour certains. Sur les 3 032 couples dans lesquels l’état de santé du séropositif n’a pas nécessité d’antirétroviraux, les chercheurs ont observé 102 contaminations du partenaire sain par le conjoint infecté. Mais ils n’en ont enregistré qu’une seule sur les 349 couples dont le séropositif avait dû entamer une trithérapie : soit une réduction du risque de transmission du VIH de 92 %. En outre, le taux de contamination était plus élevé chez les couples dont le séropositif non traité présentait un fort déficit immunitaire. « Ces résultats s’expliquent très certainement par la réduction de la quantité de virus dans le plasma sanguin et les sécrétions génitales opérée par les antirétroviraux, explique François Dabis, médecin épidémiologiste et chercheur Inserm, à Bordeaux. Cet effet préventif avait déjà été observé dans de précédents travaux, mais c’est la première fois qu’une observation à si grande échelle le met en évidence. » Pour Jean-Michel Molina, chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Saint- Louis à Paris : « Cette étude indique qu’une large utilisation d’antirétroviraux pourrait réduire l’épidémie. Il est donc judicieux de renforcer l’accès au traitement pour les personnes Duffydont le déficit immunitaire est élevé, dans leur intérêt et dans celui de leur partenaire. » Mais la protection conférée par la trithérapie n’est pas absolue : les recommandations actuelles en matière de prévention doivent être maintenues. Selon les spécialistes, les antirétroviraux constituent donc une arme à combiner aux autres outils préventifs (préservatifs, gels microbicides, circoncision…) et à un dépistage plus précoce. « Quant à leur généralisation à tous les séropositifs, voire aux séronégatifs risquant d’être exposés au virus, des études de coût et d’acceptabilité doivent d’abord être menées », ajoute l’infectiologue. À l’heure actuelle, la majorité des personnes infectées par le VIH vivent en Afrique subsaharienne où le prix des antirétroviraux les rend inaccessibles à de nombreux malades. L’épidémie fait deux millions de morts chaque année.

Jean-Philippe Braly

http://www.larecherche.fr/content/actualite-sante/article?id=27757

[1] D. Donnell et al., www.retroconference.org
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