Eklablog Tous les blogs
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Publicité

La mémoire des muscles

Les muscles garderaient, au travers du nombre de noyaux cellulaires, une trace des entraînements passés.

Marie-Neige Cordonnier

Pourquoi recouvre-t-on plus vite sa force musculaire, perdue pendant une période d'inactivité physique, lorsque l'on s'est déjà entraîné auparavant ? Jusqu'à présent, aucun mécanisme n'avait été mis en évidence au niveau du muscle lui-même, et l'on privilégiait l'hypothèse d'une mémoire de l'entraînement au niveau du système nerveux central. Des chercheurs de l'Université d'Oslo, en Norvège, remettent cette idée en cause.

En provoquant des périodes d'inactivité et d'activité musculaire intense chez la souris et en suivant l'évolution des cellules musculaires par vidéomicroscopie, Jo C. Bruusgaard et ses collègues ont montré que les noyaux de ces cellules gardent en quelque sorte, par leur nombre, la mémoire d'un entraînement physique antérieur.

Longues fibres pouvant atteindre 30 centimètres de long, les cellules musculaires des muscles squelettiques font partie des rares cellules de l'organisme présentant plusieurs noyaux. Leur taille augmente lorsque le muscle est soumis à l'exercice, ainsi que le nombre de myofibrilles, longs filaments protéiques contenus dans ces cellules et responsables de la contraction et de la relaxation du muscle. Les myofibrilles étant activées par des gènes contenus dans les noyaux, on pensait que le nombre de noyaux par cellule musculaire s'ajustait à la taille des cellules musculaires pour répondre à ces besoins. Le mécanisme serait le suivant : activées par un signal, des cellules souches voisines – les satellites – se multiplient et fusionnent avec les cellules musculaires pour leur donner leurs noyaux ; en cas d'atrophie musculaire, le surplus de noyaux s'autodétruit par apoptose (mort cellulaire programmée).

Les biologistes ont montré que lors d'un entraînement physique, le recrutement de noyaux a bien lieu de cette façon, mais il précède l'hypertrophie musculaire. En outre, le nombre de noyaux ne diminue pas lorsque l'on stoppe l'exercice, même quand le muscle s'atrophie : les noyaux se tassent dans les cellules amincies, prêts à produire davantage si le muscle est à nouveau soumis à un entraînement. N'ayant plus besoin de fusionner avec des cellules satellites pour revenir à leur état hypertrophié, les cellules musculaires regonfleraient donc plus rapidement lors d'un nouvel entraînement.

Si ces travaux suggèrent qu'un entraînement précoce pourrait être bénéfique aux sportifs, ils pourraient aussi avoir des implications importantes sur le traitement des dystrophies musculaires. Selon le type de maladie, l'exercice physique semble parfois favorable, parfois néfaste, sans que les raisons de ces variations soient bien établies. Les travaux de l'équipe d'Oslo pourraient fournir une piste pour d'autres études visant une meilleure compréhension de l'impact de l'exercice physique dans les maladies musculaires.

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-la-memoire-des-muscles-25759.php
© hkannn/Shutterstock
© hkannn/Shutterstock

Un muscle squelettique est un assemblage de plusieurs faisceaux de cellules musculaires. Ces cellules sont de longues fibres contenant plusieurs noyaux et des myofibrilles, filaments de protéines responsables de la contraction et de la relaxation des muscles.

À VOIR AUSSI

© J. C. Bruusgaard et al., PNAS, 2010
Chez une souris entraînée de façon intensive pendant 14 jours, le nombre de noyaux et le diamètre des cellules musculaires augmente (en haut, une cellule avant entraînement, et au centre, après entraînement). Mise ensuite au repos pendant 14 jours, la souris perd de la masse musculaire, mais pas les noyaux des cellules musculaires : le diamètre de ses cellules musculaires diminue, mais le nombre de noyaux reste constant (en bas). Barre d'échelle : 50 micromètres.

POUR EN SAVOIR PLUS

J. C. Bruusgaard et al.Myonuclei acquired by overload exercise precede hypertrophy and are not lost on detrainingPNAS (early edition), doi/10.1073/pnas.0913935107, 16 août 2010.

L'AUTEUR

Marie-Neige Cordonnier est journaliste à Pour la Science.
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article