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Détection des émotions: les femmes s'en sortent mieux

Les femmes détectent mieux la peur et le dégoût que les hommes et expriment mieux ces émotions.

Marie-Neige Cordonnier

Combien de temps vous faut-il pour décoder une émotion sur un visage ? Si vous êtes une femme, vous serez sans doute plus rapide qu'un homme. C'est ce qu'ont montré des neuropsychologues de l'Université de Montréal en mesurant ce laps de temps chez 23 femmes et 23 hommes âgés de 18 à 43 ans, sans troubles neurologiques ou psychiatriques.

Ces sujets avaient pour consigne d'identifier le plus vite possible la peur ou le dégoût sur le visage d'acteurs et d'actrices filmés pendant 500 millisecondes: les comédiens partaient d'une attitude neutre et simulaient l'une ou l'autre des émotions. Les sujets ont répondu en 150 à 2000 millisecondes, et les psychologues ont observé que les femmes répondaient plus vite, que le stimulus soit seulement visuel, seulement auditif ou les deux. En outre, peur et dégoût étaient mieux différenciés lorsque l'acteur était... une actrice.

Cette étude suggère que non seulement les femmes décryptent mieux les émotions, mais qu'elles les expriment aussi plus clairement. Ces différences comportementales pourraient être dues à des variations neuroanatomiques des régions du cerveau impliquées dans le traitement des émotions, comme les noyaux amygdaliens. Plusieurs études ont montré de telles variations d'un sexe à l'autre dans l'architecture, la fonction ou l'activité de ces régions.

L'origine de ces différences reste à préciser. D'une part, certaines différences décelables très tôt chez l'enfant, comme la préférence de jouets selon le sexe de l'enfant, seraient inscrites dans les gènes. Les psychologues évolutionnistes proposent qu'au fil des millénaires, la femme ait acquis une disposition biologique à traiter plus efficacement les émotions pour mieux répondre aux besoins des nouveau-nés et mieux protéger sa progéniture d'un adulte menaçant. D'autre part, les facteurs socio-culturels jouent aussi certainement un rôle dans la perception différente des émotions chez l'homme et la femme. Dès les années 1970, des psychologues ont proposé que les stéréotypes sur le rôle de l'homme et de la femme dans nos sociétés influent sur leur comportement, encourageant par exemple les femmes à être à l'écoute des autres. Cet apprentissage développerait leurs capacités de jugement des émotions d'autrui.

Ces travaux précisent un domaine très étudié depuis quelques années, celui des émotions, dont les neuroscientifiques mesurent de plus en plus le rôle essentiel dans le comportement individuel et social. Par ailleurs, on sait que certaines maladies mentales affectent différemment les hommes et les femmes. C'est, par exemple, le cas de l'autisme, qui touche plus les hommes que les femmes, et qui se manifeste notamment par des difficultés à reconnaître et à exprimer des émotions faciales. Les travaux sur la reconnaissance des émotions apporteront peut-être quelques éléments pour mieux comprendre ces troubles.

 


Détection des émotions: les femmes s'en sortent mieux
Collignon et al., Neuropsychologia, 2009

Peur ou dégoût? A vous de voir… Ces images sont extraites des films présentés à des hommes et à des femmes qui devaient identifier l'émotion faciale le plus rapidement possible.

Pour en savoir plus

O. Collignon et al., Women process multisensory emotion expressions more efficiently than men, Neuropsychologia, 2009 (sous presse).

L'auteur

Marie-Neige Cordonnier est journaliste à Pour la Science.

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-detection-des-emotions-les-femmes-s-en-sortent-mieux-23746.php
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