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Alerte sur les espèces ! | 17 novembre 2009

BIODIVERSITE | 13.11.2008 | 18h00

© Brad Wilson/Quentin Luke/Heok Hui Tan/Justin GerlachL’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN, a livré la mise à jour 2009 de sa célèbre "liste rouge des espèces menacées". Au vu des résultats, le temps presse.

Le 3 novembre, l’Union internationale pour la conservation de la nature, l’UICN, a livré la mise à jour 2009 de sa célèbre "liste rouge des espèces menacées". Une liste, qui ne concerne pas que les espèces menacées. Directeur adjoint du programme pour les espèces de l’UICN, Jean-Christophe Vié le rappelait dans un entretien qu’il nous avait accordé en mars 2008 : le degré de menace qui pèse sur les espèces est évalué sans a priori. En fonction des résultats, elles sont placées dans l’une ou l’autre des 9 catégories de la liste.

Mais l’absence d’a priori ne change rien aux résultats : la situation actuelle est sombre. Des 47 677 espèces répertoriées par la liste rouge, 17 291 (soit 36 %) figurent dans l’une des trois catégories « En danger critique d’extinction », « En danger » ou « Vulnérable ». Cela signifie qu’elles sont menacées d’extinction. La menace pèse sur 21 % des mammifères et 12 % des oiseaux (les groupes les mieux évalués, toutes les espèces connues figurant sur la liste rouge). Et ce pourcentage, déjà élevé, est bien pire dès lors que l’on considère les plantes à fleurs : des 10 876 espèces répertoriées par la liste rouge (sur 281 821 espèces connues), 73 % sont menacées.

La France au 8e rang mondial. Il est clair que la France n’est pas le dernier pays à devoir se sentir concerné. Comme l’annonce le Comité français de l’UICN, « la France se situe au huitième rang des pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces animales et végétales menacées au niveau mondial ». En métropole, sur les 870 espèces répertoriées par la liste rouge, 6 sont classées comme éteintes et 118 comme menacées d’extinction (dont 9 mammifères, 6 oiseaux, et 37 poissons). Et le score s’aggrave lourdement dès lors que l’on s’intéresse aux collectivités d’outre-mer : en Nouvelle-Calédonie par exemple, 365 des 695 espèces répertoriées par la liste rouge sont menacées. Le constat est d’autant plus affligeant que bon nombre de ces espèces sont endémiques, c’est-à-dire n’existent nulle part ailleurs sur la planète. Mais il n’a, hélas, rien de très nouveau.

Comme le souligne Jane Smart, directrice du Groupe pour la conservation de la biodiversité de l’UICN, ’’il est temps que les gouvernements commencent sérieusement à oeuvrer à la protection des espèces et que ce sujet brûlant figure parmi leurs priorités l’année prochaine (déclarée Année internationale de la biodiversité), car le temps presse’’. Les principales menaces pesant sur les espèces sont la dégradation des milieux naturels, la surexploitation, l’introduction d’espèces envahissantes, les pollutions et le changement climatique.

Cécile Klingler

http://www.larecherche.fr/content/actualite-vie/article?id=26672

Sur le même sujet

- Jean-Christophe Vié : « La France doit mieux protéger sa biodiversité » (La Recherche, mars 2008)

Publié par trichard à 17:29:18 dans ECOLOGIE | Commentaires (0) |

Les cultures OGM et non-OGM peuvent-elles coexister ? | 16 octobre 2009

© Bruno BourgeoisSerions-nous en mesure d’assurer la coexistence entre productions OGM et non OGM ? Sur cette question cruciale, Yves Bertheau, directeur de recherche à l’Inra, fournit des éléments de réponse.

Débat en ligne du lundi 12 octobre avec YVES BERTHEAU, directeur de recherche à l’Inra, membre du comité scientifique du Haut conseil des biotechnologies et du comité de pilotage du réseau ENGL

QUESTION DE Samourai32 - Les OGM se résument-ils au Maïs et au Soja dont on entend couramment parler ? Le nombre d’espèces concernées est-il aujourd’hui très limité ou bien s’étend-il à toutes les plantes que nous consommons ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU :  On entend en effet surtout parler du maïs et du soja dont l’Union Européenne est grosse importatrice ; en particulier pour l’alimentation animale. Mais le colza est aussi un élément majeur des échanges commerciaux internationaux. Virtuellement, toutes les plantes sont susceptibles d’être génétiquement modifiées. Ce qui prévaut pour un fabricant d’OGM est l’importance économique de la culture. Les plus importantes actuellement, hormis celles déjà citées, sont le coton, le riz et la betterave à sucre. Le blé, déjà prêt à la commercialisation, fait l’objet d’une forte opposition des exportateurs Américains et Canadiens qui craignent de perdre des marchés à l’export. Aubergines, papayes, arbres, etc.. sont déjà soit cultivés, soit prêts à l’être.

QUESTION DE Septik - La question de la coexistence est directement liée à la contamination en champs des cultures non-OGM par les cultures OGM. Mais cette soi-disant contamination a t-elle été prouvée ? Certains se bornant a empêcher de manière brutale les essais en plein champ, qu’en savons nous finalement ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU La coexistence ne se résume pas aux OGM présents de manière inattendue dans un champ mais à la coexistence des filières donc de la semence aux produits dans les rayonnages. Les premières contaminations en champ ont été observées en 2000 en France avec la destruction de centaines d’hectares de soja et de colza. Le maïs contaminé étant redirigé vers l’alimentation animale. Depuis, de nombreux OGM non autorisés ont été retrouvés soit dans les importations de maïs, soja etc... soit dans les semences. En ce qui concerne la coexistence au champ, donc avec des OGM autorisés à la culture dans l’UE, elle dépend avant tout de la biologie de la plante. Le soja qui s’autoféconde majoritairement est peu sensible aux contaminations par le pollen de champs extérieurs. Le maïs, au contraire, et encore plus le colza, sont des plantes fécondées par du pollen d’autres plantes et sont donc plus sensibles à l’environnement OGM ou non. D’une manière générale, la fécondation d’un champ à un autre est un phénomène naturel qui est pris en compte actuellement pour certaines productions comme les semences, le maïs WAXY destiné à la production d’amidon, etc.., c’est à dire des filières de productions spécialisées. Elle n’acquiert un impact particulier qu’en raison de l’impact médiatique des OGM.

QUESTION DE Def - Qu’appelle-t-on coexistence, exactement ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Au sens de la Commission Européenne, la coexistence s’entend comme la capacité laissée à chaque producteur, agriculteur,de choisir son type de production : conventionnel, OGM ou "bio". A partir de cette définition, les pouvoirs publics se sont préoccupés de la coexistence entre filières, donc de la semence jusqu’aux produits dans les rayonnages, de façon à permettre aux consommateurs d’exercer leur liberté de choix comme le prévoit, de facto, initialement l’étiquetage ("contient du maïs génétiquement modifié") En effet, cette liberté de choix ne peut s’exercer que si il existe des produits étiquetés ou non étiquetés. Le seuil de dispense d’étiquetage, uniquement en cas de "présence fortuite ou techniquement inévitable" est de 0,9% par ingrédient. Les laboratoires de contrôle appliquent cette règle en déterminant la quantité relative OGM/non OGM par espèce végétale à partir de l’ADN : maïs... On ne peut, en effet, pas distinguer l’amidon issu d’OGM de l’amidon issu de non OGM, de même pour les huiles etc..

QUESTION DE CarolineD - Y a t-il une vrai traçabilité des OGM à l’heure actuelle ? En d’autres termes, savons-nous vraiment ce que contiennent nos aliments ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Oui, il y a une traçabilité obligatoire d’une manière générale dans l’UE (règlement 178/02) qui est renforcée dans le cadre des OGM (exemple règlement 1830/03). La première traçabilité est documentaire avec conservation durant 5 ans de l’ensemble des documents permettant de retracer l’origine et le devenir d’un produit. La deuxième "traçabilité" est analytique avec premièrement un autocontrôle des entreprises, suivi de vérifications par les services de l’Etat. Exemple : répression des fraudes pour l’ensemble des produits commercialisés en France mais aussi ministère de l’agriculture pour les semences. Bien entendu, comme toujours, des OGM peuvent "s’échapper" comme en 2000 avec le maïs Starlink aux USA (le retrait du marché a coûté entre 100 millions et 1 milliard de dollars à l’entreprise) ou actuellement avec un lin OGM d’origine canadienne. A chaque fois, la procédure d’urgence européenne est déclenchée et les activités des laboratoires (près de 100 laboratoires d’état réunis au sein du réseau ENGL ) et les contrôles aux frontières européennes accentués : un certain nombre de cargos rebroussent chemin ou sont vendus à d’autres pays. Dans le cas de produits issus de cultures européennes, elles sont tout aussi bien tracées même lorsqu’elles sont à destination de l’alimentation animale, comme c’est le cas avec le maïs espagnol. On peut donc dire que, entre les autocontrôles des entreprises et ceux des Etats membres de l’Union, une véritable traçabilité est en place. Si vous voulez vraiment trouver quelques OGM dans les rayonnages européens, allez chercher des sauces de barbecue américaines ou approvisionnez vous dans certains pays d’Europe centrale.

QUESTION DE Gambison - Y a-t-il aujourd’hui en France des cultures d’OGM destinées à la production et non à l’expérimentation, que ces cultures soient légales ou non ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Hormis un essai de peuplier transgénique, il n’y a depuis 2007, date de mise en place du moratoire français, aucun OGM cultivé pour raison commerciale en France.

QUESTION DE OGM&Co - Quels sont les mécanismes biologiques qui expliquent la contamination des cultures en champs ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Il ne s’agit pas vraiment d’un mécanisme mais d’origines. La première origine tient à la pureté des semences, fondamentale pour s’assurer de la qualité finale du produit. La deuxième origine est due aux pollens qui se disséminent pour des plantes, dites allogames, donc nécessitant que le pollen fécondant vienne d’une autre plante. La troisième origine est constituée de repousses de cultures précédentes comme dans le cas du colza. La quatrième origine est l’Homme, le meilleur vecteur des OGM, espèces invasives, pathogènes, comme par exemple les pathogènes sur ces merveilleuses plantes que vous rapportez, de manière illégale, de certains pays exotiques.

QUESTION DE Strange - A vous lire, il semblerait que les procédures de traçabilité d’OGM sont relativement efficaces. Mais cela serait-il toujours le cas si on cultivait de nombreux OGM en France ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Globalement, la traçabilité, qu’elle s’applique aux OGM ou à d’autres productions de spécialités, est efficace dans l’UE car bénéficiant d’un vrai savoir faire développé par exemple pour les produits AOC, la traçabilité bovine etc.. Les entreprises établissent des relations contractuelles avec des fournisseurs de confiance et connaissent bien les points critiques (pouvant induire des mélanges) dans leurs procédés de productions. Il est vrai que plus la pression OGM sera grande, plus l’application des procédures de traçabilité devra être renforcée. Ce n’est donc pas un problème de procédure mais de moyens consacrés à la mise en oeuvre de cette traçabilité. Le principal problème, si on cultivait de nombreux OGM en France, se posera plus au niveau de l’échantillonnage au sortir des champs que de la traçabilité en aval.

QUESTION DE Sylvain - La stérilité des plants OGM a souvent été pointée pour dénoncer la dépendance des agriculteurs vis-à-vis des semenciers. Si les OGM sont stériles, comment peut-il y avoir contamination puisqu’ils ne donneront pas de fruit ou de graine avec les champs voisins ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Les OGM ne sont jusqu’à présent pas stériles. Vous devez faire allusion à une technologie de réduction des flux de pollens qui a été surnommée au Canada "Terminator". Si un certain nombre de travaux portent en effet sur les méthodes de bioconfinement visant à réduire les flux de pollens ou à obliger une plante à s’autoféconder, aucun des OGM actuels ne les incorpore et ne peut donc réduire les "contaminations". A coté de technologies faisant appel à la transgénèse (souvent appelées GURT, voir par exemple le rapport de la Commission d’éthique québecquoise sur les TRUG) pour réduire ces flux de gènes inopportuns, des travaux ont porté sur des méthodes déjà utilisées pour la production de semences ; la question se pose de savoir si les sociétés de biotechnologie commercialiseront des variétés avec ces méthodes car elles donneraient la possibilité aux agriculteurs de produire leurs propres semences hybrides. Nos travaux concluent que dans l’état actuel des méthodes de bioconfinement disponibles, celles-ci devraient être restreintes à l’isolement de faibles surfaces de plantes non destinées à l’alimentation comme par exemple la production de molécules pharmaceutiques.

QUESTION DE Idaho - Dans les débats passionnés sur les OGM, on parle toujours de contamination en plein champ. Mais qu’en est-il des semences. Ces dernières peuvent-elles pas se contaminées entre elle ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Les semences sont produites en plein champ ! Avec des conditions spéciales de production (contrats de production spécifiques avec des agriculteurs spécialisés, distances d’isolement spécifiques, interdiction de certaines cultures aux alentours) Comme déjà dit, la pureté des semences, et donc les conditions de leur production, est un élément essentiel de la production OGM ou non OGM. Le taux de pureté des variétés OGM aux USA est au moins aussi élevé que celui des variétés non OGM demandées par nos producteurs européens. Les semences ne se contaminent donc pas entre elles, à moins d’erreurs lors des préparations (nettoyage, traitements, ensachage), mais si la France, deuxième producteur mondial de semences devait continuer à approvisionner un marché de semences sans OGM, l’environnement de production des semences en France serait très difficile à maîtriser. De nouvelles règles devraient être instaurées... La production de semences en contre saison (Chili, Argentine) ou aux USA apparaît plus facile au vu des surfaces de production. Par exemple, une ferme moyenne en Argentine fait, 2 000 à 3 000 hectares. L’agriculteur de ces pays a donc moins à se préoccuper de ses voisins et peut plus facilement produire du sans OGM qu’il s’agisse de semences ou de produits destinés à l’industrie.

QUESTION DE Gambison - Y-a-t-il des solutions pour isoler un champ d’OGM des champs alentours, par exemple en les bordant de plantes adéquates ? Sont-elles efficaces ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU En effet, les distances d’isolement, plus ou moins grandes, entre cultures OGM et non OGM sont un des moyens utilisés pour la coexistence des cultures. De même, des bordures tampons de non OGM autour d’un champ OGM réduisent les flux de gènes. Des décalages de dates de semis et de dates de floraison facilitent également la coexistence. Trois points néanmoins ne militent pas pour une certaine liberté individuelle du producteur. Le pollen de maïs par exemple peut féconder des plantes à plus de 2 km et d’autres plantes comme Agrostis, utilisée dans les greens de golf disséminent leur pollen jusqu’à 30 km... Les arbitrages (choix de plantes à cultiver, variétés...) des agriculteurs sont de plus en plus tardifs en raison de la compétition internationale, et l’information nécessaire à l’organisation des voisins est du coup tardivement disponible. Enfin, tous les participant d’une filière, y compris l’agriculteur, utilisent une marge de sécurité pour satisfaire aux besoins de leurs clients. Par exemple, pour un seuil d’étiquetage à 0,9%, la majorité des opérateurs utilisent un seuil pratique et contractuel de 0,1%. Dans ce cas, les modèles de dissémination de pollen indiquent que les distances d’isolement doivent être importantes à moins de définir des zones de production OGM ou non OGM. Restera alors à définir les fondements scientifiques, techniques et juridiques de telles régions de production. En conclusion, oui il existe de nombreux moyens de réduire les "contaminations", tout dépend du seuil et des moyens mis en oeuvre.

QUESTION DE SP - Certains pays utilisent déjà massivement des OGM depuis plusieurs années. Comment s’y opère la coexistence ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Dans la majorité des pays cultivant massivement des OGM (USA, Canada, Argentine, Brésil) il n’y a pas de coexistence à proprement dit obligatoire donc "pas de problème". Certaines productions ("bio" ou produits destinés à l’exportation vers l’UE, le Japon, la Corée...) doivent prendre par elles mêmes les mesures nécessaires à la production en dessous d’un seuil contractuel (généralement 0,1% pour le seuil d’étiquetage à 0,9% européen) d’où des surcoûts à l’exportation. Ces productions se font souvent dans de grandes fermes (Argentine, taille moyenne 2 000 hectares) donc avec peu de problèmes de voisinage, majoritairement sur du soja, donc des plantes s’autofécondant et moins problématique que le maïs ou le colza. Les producteurs de "bio" au Canada par exemple rencontrent de multiples difficultés à éviter le déclassement de leurs productions de colza. En conclusion, la situation est très différente dans ces pays où l’étiquetage OGM n’est pas obligatoire car le consommateur semble peu sensible aux types de productions OGM ou non OGM.

QUESTION DE TicTacTo - Dans votre interview de La Recherche, vous abordez un thème essentiel à mes yeux. Selon vos enquêtes, les agriculteurs subissent des pressions pour accepter des semences de moins en moins pures, car cela serait de plus en plus difficile de fournir des variétés conventionnelles. Comment cela s’explique t-il ? Cela me semble effrayant.

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU C’est en effet ce que nous constatons. La question est de savoir s’il s’agit d’un problème momentané d’approvisionnement, d’un problème de contamination dans les variétés servant à la production de semences ou d’une certaine "volonté"... La coexistence, et donc le libre choix des producteurs et consommateurs, ne peut exister que si les semences sans OGM continuent d’être améliorées pour être compétitives - au point de vue du rendement - avec les variétés OGM et disponibles au plus grand nombre. On peut espérer que l’obligation qui est faite de maintenir des zones refuges dans le cas d’OGM résistants à des insectes participera à ce maintien de variétés conventionnelles.

QUESTION DE Meximieux - Quelle est la structure économique du monde des OGM ? Monsanto est-elle la seule société d’envergure dans le domaine ? Y-a-t-il une véritable concurrence ou un quasi monopole de fait ? En un mot, la question de la coexistence non-OGM OGM est-elle en fait celle de la coexistence des exploitations de taille humaine avec une multinationale de très grande ampleur ?

RÉPONSE DE YVES BERTHEAU Il faut avant tout faire une différence entre les semences en général où la société que vous nommez n’est pas la plus importante et les semences OGM sur lesquelles cette société a majoritairement axé son développement tout en rachetant de nombreuses sociétés de semences conventionnelles pour bénéficier du "fond génétique" dans lequel introduire les caractères OGM. Il existe donc des modèles économiques différents selon les entreprises semencières. Votre question sur la coexistence exploitation de taille humaine versus multinationale n’a pas attendu les OGM pour être d’actualité. L’utilisation de semences hybrides de maïs ou la forte concentration des entreprises semencières observée ces dernières années nous rappellent le modèle économique prédominant. La multifonctionnalité de l’agriculture est un fait acquis et la nécessité que tous les modes de production perdurent est prévue par la Commission Européenne.

http://www.larecherche.fr/content/actualite-vie/article?id=26502

Publié par trichard à 10:06:01 dans ECOLOGIE | Commentaires (0) |

La disparition des grands prédateurs nuit gravement aux écosystèmes | 07 octobre 2009

La disparition des super-prédateurs tout autour du monde (loups, guépards, requins…) provoque la multiplication généralisée des prédateurs secondaires, menant à la destruction des écosystèmes et à de graves troubles écologiques comme économiques.

Cette découverte, parue dans Bioscience le 01/10/09, révèle qu’en Amérique du nord, et partout ailleurs dans le monde, les super-prédateurs sont en déclin depuis 200 ans, tandis que les effectifs des mésoprédateurs (prédateurs secondaires) ont augmenté de 60%. « Ce phénomène est grave, continu et global. Il y a peu de solutions », préviennent les chercheurs.

Pendant longtemps, par crainte des attaques et des dommages sur le bétail, les hommes ont éliminé les grands prédateurs. Puis ce fut pour les manger (requins) ou pour se divertir (lions) qu'ils les ont chassés ou pêchés. Enfin, la destruction de l’environnement a poursuivi le déclin de ces super-prédateurs. Cette raréfaction fut longtemps perçue comme positive pour la sécurité des hommes et du bétail, mais les choses changent. De plus petits prédateurs se sont multipliés et attaquent désormais les cheptels...

Quand le lion n'est pas là, les babouins dansent !

Il n’y a plus de loup, mais il y a foison de coyotes. Là où un léopard tuait, ce sont des centaines de babouins qui attaquent. Que faire ? « Le problème est très complexe et un grand nombre de conséquences sont inconnues » affirme William Ripple, professeur en Ecosystèmes forestier et société à l’Oregon State University. Partout dans le monde, la question se pose. Il est plus difficile et plus coûteux de réguler les mésoprédateurs que les grands prédateurs. Les tentatives de contrôler les coyotes ont ainsi coûté plusieurs centaines de millions de dollars. Ces prédateurs ont en effet des densités beaucoup plus importantes et sont beaucoup plus résilients.

 
« Vous avez vu un coyote ? Voilà quoi faire ! » © Phillie Casablanca CC by-sa

L’étude révèle aussi que le phénomène est global et évolutif. Sans super-prédateurs pour éliminer les plus petits prédateurs, les effets négatifs se propagent en cascade et affectent toutes sortes de groupes. Cela a été observé pour les populations d'Ongulés, d'Oiseaux, de Reptiles, de Rongeurs, de Marsupiaux, de Poissons et d’Insectes. Idem dans les écosystèmes aquatiques.

Le laisser-faire pourrait coûter cher

Les mésoprédateurs, souvent omnivores, peuvent aussi causer des dommages à la végétation. Le coût de leur régulation peut être très élevé et la réintroduction des grands prédateurs peut être dans certains cas plus efficace économiquement. Mais plus les super-prédateurs déclinent et plus la prévention et l’inversion du phénomène seront difficiles et coûteux. La seule intervention humaine ne peut aisément remplacer le rôle des super-prédateurs, car la peur du prédateur est aussi un facteur important du comportement de ces mésoprédateurs.

Les scientifiques commencent juste à se rendre compte des impacts de la disparition de grands prédateurs à travers le monde et préviennent que cette situation sera dommageable tant pour les écosystèmes que pour l’économie. C'est la fable du lion et du rat mais à l'envers...

Le guépard Cheetah, un super-prédateur en... Angleterre ! © Law Keven CC by-sa
Le guépard Cheetah, un super-prédateur en... Angleterre ! © Law Keven CC by-sa

http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/zoologie/d/la-disparition-des-grands-predateurs-nuit-gravement-aux-ecosystemes_20685/#xtor=RSS-8

Publié par trichard à 22:37:32 dans ECOLOGIE | Commentaires (0) |

Comment le riz garde la tête hors de l'eau | 15 septembre 2009

Deux gènes contrôlent l'allongement de la tige chez certaines variétés de riz soumises aux inondations.
Jean-Jacques Perrier

Le riz (Oryza sativa et O. glaberrima) est une céréale cultivée les « pieds dans l'eau ». Certaines variétés traditionnelles, cultivées dans les zones de delta sensibles aux marées ou dans les régions sujettes à de fortes pluies, sont capables de garder la tête émergée à mesure que l'eau monte, en s'allongeant de 10 à 25 centimètres par jour. Malheureusement, ces variétés produisent cinq fois moins de grains que celles à haut rendement. Or l'équipe de Motoyuki Ashikari, de l'Université de Nagoya, au Japon, a identifié deux gènes, SNORKEL1 et SNORKEL2, qui contribuent à la capacité d'allongement de la tige. Elle a aussi montré qu'en introduisant l'un de ces gènes dans une variété à haut rendement, les plants de nouvelle génération obtenus sont capables d'étirer leur tige en cas de submersion.

Les deux gènes ne s'expriment pas ou sont absents chez les variétés incapables de s'allonger. Ils codent des protéines appartenant à la famille des facteurs de transcription répondant à l'éthylène (ERF). Effectivement, le déclencheur de l'allongement de la tige est l'éthylène (C2H4), une hormone végétale qui s'accumule dans les organes submergés de la plante. L'éthylène active alors les deux gènes SNORKEL, lesquels stimuleraient la synthèse d'acide gibbérellique, une autre hormone qui entraînerait à son tour la dégradation de protéines (les protéines DELLA) responsables de l'arrêt de la pousse de la tige.

L'application éventuelle de cette découverte consisterait à introduire ces gènes dans des variétés à haut rendement, par sélection ou par transgenèse. Laurentius Voesenek, de l'Université d'Utrecht, et Julia Bailey-Serres, de l'Université de Californie, font cependant remarquer que ces variétés ne pourront pas avoir des rendements équivalents à ceux des variétés de zones non inondables. En effet, une partie de l'énergie de la plante serait consacrée à l'allongement de la tige plutôt qu'à la croissance des grains ; de plus, les tiges chargées de grains pourraient s'effondrer lors du retrait des eaux portantes.

Curieusement, dans d'autres variétés de riz, l'éthylène stimule également l'expression de gènes associés cette fois à la capacité de résister à la submersion pendant plus de deux semaines, les gènes SUB1 (SUBMERGENCE-1). L'Institut international de recherche sur le riz (IRRI), qui a mis en évidence ce mécanisme, travaille à transférer cette propriété à des variétés à haut rendement. 

http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-comment-le-riz-garde-la-tete-hors-de-l-eau-23213.php


Comment le riz garde la tête hors de l'eau
California Department of Water Resources

à voir aussi

M. Ashikari
La tige de cette variété de riz s'allonge avec la montée du niveau d'eau (flèche jaune).

Pour en savoir plus

Y. Hattori et al., The ethylene response factors SNORKEL1 and SNORKEL2 allow rice to adapt to deep water, Nature, vol. 460, pp. 1026-1031, 2009.

L.A.C.J. Voesenek et J. Bailey-Serres, Genetics of high-rise rice, Nature, vol. 460, pp. 959-960, 2009.

Publié par trichard à 11:27:09 dans ECOLOGIE | Commentaires (0) |

Les algues vertes émettent du sulfure d'hydrogène à taux mortel | 14 septembre 2009

C’est sur cette plage de Saint-Michelen- Grève que l’Ineris a mesuré le 13 août dernier la quantité de sulfure d’hydrogène présent dans les algues vertes. © INERISAprès la mort d’un cheval sur une plage bretonne, Alain Menesguen, directeur de recherche à l’Ifremer, explique le phénomène des algues vertes.

Le 20 août, l’Institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) a remis son rapport sur l’analyse des composés gazeux émis par les algues vertes des plages bretonnes (1). Quels sont ces composés ?

Alain Menesguen. Le 13 août, l’équipe de l’Ineris a surtout mesuré le sulfure d’hydrogène (H2S) présent à Saint-Michel-en-Grève, dans les Côtes-d’Armor, où un cheval est décédé le 28 juillet et où son cavalier a ressenti un malaise. Elle a aussi déterminé la teneur de l’air en gaz comme l’ammoniac, le diméthylsulfure et le méthane.

Comment s’y est-elle prise ?

Connaissant le terrain, et sachant que le milieu est très hétérogène, il me semble que, dans l’urgence, l’équipe de l’Ineris a fait ce qu’il fallait en effectuant des mesures à 5 endroits différents, dont celui de l’accident. Elle ne s’est pas aventurée dans les zones sujettes à l’enlisement.

Quels sont les résultats ?

Les teneurs observées sont très diverses. Là où les algues sont fraîches, l’air ne contient que quelques parties par million (ppm) de H2S et 200 à 300 ppm de diméthylsulfure. Mais l’Ineris a aussi trouvé jusqu’à 1 030 ppm de H2S, peu de diméthylsulfure et beaucoup de méthane dans des endroits à l’abri de la mer où des algues de type Ulva armoricana se décomposaient depuis plusieurs jours. Elles avaient séché en surface, formant une croûte blanche imperméable aux gaz. Sous cette croûte, des bactéries anaérobies décomposent la matière organique en puisant leur énergie dans la réduction du sulfate de l’eau de mer en sulfure et en émettant du H2S. Il suffit de marcher dedans pour laisser s’échapper ce gaz, dont l’inhalation pendant dix minutes à une teneur supérieure à 700 ppm est mortelle.

Pourquoi ces algues prolifèrent-elles ?

Une ulve ne pousse bien que si elle est gavée d’azote sous forme inorganique dissoute, nitrate ou ammonium. Les rivières bretonnes contenaient 30,6 milligrammes de nitrate par litre d’eau (mg/l), soit 12 fois la concentration purement naturelle produite par un bassin versant tempéré sans occupation humaine. La teneur monte à plus de 60 mg/l dans certains cours d’eau du nord du Finistère ou des Côtes-d’Armor. Il y a trente ans, la moyenne était de 5 mg/l.

Qui est responsable ?

L’élevage intensif est mis en cause. On accuse souvent l’épandage des lisiers des élevages porcins, mais les éleveurs de bovins aussi ont leur part de responsabilité. Celle des villes est minime, car il y a eu un énorme effort de modernisation des stations d’épuration avec souvent une étape de dénitrification qui rejette de l’azote gazeux dans l’air. Les études que j’ai réalisées en 2001 à Brest, alors que la station d’épuration n’était pas modernisée, montrent que seul 20 % de l’azote ingéré par les algues vertes était alors issu des rejets urbains. En amont de Saint-Michel-en-Grève, il n’y a aucune ville importante. L’accident du 28 juillet a donc été causé par une marée verte directement imputable à l’élevage.

Que faire ?

Les agriculteurs ont reçu des subventions pour réduire les fuites de nitrate vers les cours d’eau. Ils ont arrêté d’épandre le lisier sur des terres nues. Ils ont planté des cultures de type moutarde qui captent les nitrates et servent à couvrir les sols pendant l’hiver. En dix ans, on est passé en moyenne de 38 mg/l à 30,6 mg/l, mais cela ne suffit pas. Le Grenelle de la mer est frileux en demandant une baisse de 40 % des rejets de nitrate. La diminution dans les sites très sensibles doit dépasser les 80 %. Et le principe pollueur-payeur doit s’appliquer.

Propos recueillis par Jacques-Olivier Baruch

http://www.larecherche.fr/content/actualite/article?id=26315

Publié par trichard à 17:50:03 dans ECOLOGIE | Commentaires (0) |

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