• La radiothérapie augmente le risque de diabète

    Cellules de pancréas – crédits : aneps omar - CC attr.

    Les cellules du pancréas qui produisent l’insuline peuvent être endommagées si l’on traite un cancer par radiothérapie, selon une étude sur 2500 personnes. Plus tard, cela facilite le développement du diabète.

    François Pattou est spécialiste du diabète à l’Université Lille-Nord de France.

    Une équipe franco-britannique révèle que les enfants traités par radiothérapie ont plus de risques de développer un diabète à l’âge adulte. Comment a-t-elle procédé ?

    F.P. : Pilotée par Florent de Vathaire, épidémiologiste à l’Inserm, cette étude a porté sur 2 500 adultes. Durant l’enfance, tous avaient contracté un cancer. Il s’agissait soit d’une une tumeur solide située par exemple dans un rein, dans l’abdomen… ; soit d’un « lymphome », un cancer affectant les vaisseaux lymphatiques par lesquels les globules blancs circulent dans l’organisme. Certains avaient alors été traités par radiothérapie, d’autres pas. L’étude révèle qu’à l’âge de 45 ans, 6,6 % des volontaires traités par radiothérapie avaient développé un diabète, contre seulement 2,3 % pour les autres [1].

    Comment expliquer ce phénomène ?

    F.P. : On sait que lors d’une radiothérapie, le pancréas peut être plus ou moins irradié, même si ce n’est pas l’organe visé. Parallèlement, on sait que le diabète est provoqué par la perte ou l’altération des cellules pancréatiques productrices d’insuline. Or, précisément, l’étude montre que le risque de diabète à l’âge adulte est proportionnel à la dose d’irradiation reçue par la queue du pancréas où l’on trouve beaucoup de ces cellules. Ainsi, à l’âge de 45 ans, le taux de diabétiques atteignait 16,3 % chez les sujets ayant reçu plus de 10 gray [2] au niveau de cette zone. Et pour les doses faibles et modérées, les résultats montrent que chaque gray reçu au niveau de la queue du pancréas augmente de 65 % le risque de diabète ultérieur, accréditant un lien de cause à effet.

    Quels enseignements en tirer ?

    F.P. : La radiothérapie semble donc augmenter le risque de diabète en altérant à long terme ces cellules productrices d’insuline. Or, actuellement, le pancréas est l’un des rares organes jugé sans risque de complications après une radiothérapie. Parallèlement, de plus en plus d’études indiquent qu’il n’est pas si « inerte » que cela : même à l’âge adulte, le pancréas aurait une certaine capacité de régénération, probablement conférée par des cellules souches. Cette étude suggère que la radiothérapie altèrerait aussi cette plasticité. Il semble donc qu’il faille désormais considérer le pancréas comme un organe critique en limitant au maximum son irradiation, en particulier chez les enfants.

    Propos recueillis par Jean-Philippe Braly

    [1] F. de Vathaire et al., The Lancet Oncology, 13, 1002,2012.

    [2] Le gray est l'unité de mesure de la dose de radiation absorbée par le corps.

    Sur ce thème, La Recherchea publié :

    > Détourner des cellules pour soigner le diabèteLa Recherche, 437, janvier 2010.

    > Le rôle ambigu des cellules pancréatiques, La Recherche, 431, juin 2009.


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :