• Contrairement à ce qui a semblé d'abord évident, le séisme de janvier 2010 en Haïti ne s'est pas déclenché dans la plus grande faille de la région, mais à côté de cette dernière, qui reste dangereuse.

    François Savatier

    Le 12 janvier 2010, plus de 230 000 Haïtiens ont perdu la vie en quelques minutes lors d'un séisme de magnitude 7. Pour comparaison, le tsunami entraîné par le séisme du 26 décembre 2004 dans l'océan Indien a fait environ autant de victimes, mais au sein de 14 pays, dont certains peuplés et développés, alors que Haïti est un pays pauvre de neuf à dix millions d'habitants… Pour expliquer le séisme à l'origine de cette grande catastrophe naturelle, les sismologues ont d'abord évoqué une rupture de la grande faille cheminant au Sud de l'île de Haïti. Depuis, les informations accumulées montrent que l'essentiel du mouvement impliquait en fait une faille jusque-là inconnue : la faille de Léogâne.

    L'île d'Hispaniola ou de Haïti se trouve à la frontière entre la plaque tectonique caraïbe et la plaque d'Amérique du Nord. Le coulissage d'environ deux centimètres par an entre ces deux plaques soumet cette région à des forces énormes qui s'accumulent au cours du temps – et se relâchent de manière épisodique par des séismes. Cette libération brutale d'énergie s'effectue par la rupture soudaine d'une portion de faille. Dans cette région, deux failles majeures sont connues des géologues : une première grande faille longe la côte Nord de l'île d'Hispaniola ; une seconde grande faille – la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden– traverse la presqu'île Sud de Haïti d'Ouest en Est, avant d'aller buter en République dominicaine contre une zone où le coulissage se transforme en chevauchement.

    La première analyse des données sismologiques recueillies le 12 janvier 2010 a d'abord indiqué que la rupture avait eu lieu sur la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden. Cependant, les observations et mesures réalisées par les géologues, les sismologues et les géodésiens ont vite réfuté cette hypothèse. D'abord, aucune rupture n'est observable en surface là où chemine la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden. Ensuite, de petits récifs coralliens exondés dans la région de Léogâne-Petit Goâve indiquent un soulèvement de 60 centimètres au Nord de la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden lors du séisme. Ces indices sont difficilement compatibles avec le comportement géologique connu de la faille d'Enriquillo, qui produit des déplacements surtout horizontaux. Enfin, l'interférométrie satellitaire ainsi que les mesures par géolocalisation GPS confirment ce soulèvement et montrent une subsidence (descente) de la chaîne de montagnes située au Sud de la grande faille – là encore incompatible avec le comportement de la faille d'Enriquillo.

    Dès lors, que s'est-il passé ? Les enregistrements des stations sismiques dans le monde indiquent que le séisme a commencé par la rupture d'un tronçon de faille d'environ 50 kilomètres, situé à une vingtaine de kilomètres à l'Ouest de Port-au-Prince (entre Petit Goâve et le Sud de Carrefour). Le point de départ de la rupture se situe à seulement 10-12 kilomètres sous la surface, faible profondeur qui explique l'importance des mouvements observés en surface, et donc l'importance des destructions. Tous les modèles élaborés par les sismologues convergent vers l'impression que l'essentiel du mouvement (80 pour cent) se serait produit le long d'un plan incliné partant de sous le bassin de 1 500 mètres de profondeur qui sépare la presqu'île Sud de l'île des Gonaïves pour aller rejoindre, vers la surface, le piémont des montagnes du Sud, là où chemine la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden. C'est ce plan incliné qui définit la faille de Léogâne, jusque-là inconnue. Le fait que le mouvement sismique parvient en surface là où chemine la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden explique que l'on a d'abord cru à un décrochage de cette grande faille.

    Ainsi, le séisme a été déclenché par le mouvement planaire de la faille de Léogâne et peut-être d'autres failles secondaires, et non pas par celui de la faille d'Enriquillo-Plantain-Garden. En outre, divers indices suggèrent que, même si cette grande faille n'a pas coulissé le 12 janvier 2010, elle n'a pas relâché les contraintes qu'elle a accumulées. D'après sa vitesse de décrochement et l'ancienneté (plusieurs siècles) des séismes qui lui sont directement attribués, les sismologues estiment qu'elle a emmagasiné assez d'énergie pour déclencher un nouveau séisme aussi important que celui de Léogâne, voire plus. Quand ? Les sismologues ne peuvent le dire, mais ils ont clairement établi le caractère inexorable de la menace sismique en Haïti. Par ailleurs, il devient de plus en plus évident que plusieurs millions d'années de déplacements de la plaque caraïbe ont créé dans la région une myriade de grandes et de petites failles qui fonctionnent ensemble. Les sismologues ont par conséquent du pain... sur la plaque, et les Haïtiens ne devraient plus faire l'économie de la construction parasismique. Le pourront-ils ?

    http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-haiti-une-faille-sous-la-faille-26398.php

    Nature/PLS-F. Savatier
    Nature/PLS-F. Savatier

    Carte de la région touchée par le séisme du 12 janvier 2010.

    À VOIR AUSSI

    Nature
    Nature

    Le modèle d'Éric Calais et de ses collègues. É. Calais, qui travaille à l'Université Purdue, aux États-Unis, et des collègues des États-Unis, d'Arabie saoudite et de Haïti ont modélisé le séisme en combinant pour l'essentiel les observations sismiques et la mesure des mouvements par GPS. Sur cette carte de la presqu'île sud-haïtienne, les mouvements verticaux(en fausses couleurs) et les répliques(cercles jaunes) montrent que l'essentiel du séisme s'est déroulé au Nord du passage de la faille d’Enriquillo-Plantain-Garden (lignes noires). Le plan incliné correspondant à la faille de Léogâne, le long duquel s'est produit l'essentiel du mouvement, est indiqué par un rectancle noir. Une coupe allant de la chaîne de montagne haïtienne au Nord (point A), à travers les montagnes du Sud de Haïti jusqu'à la mer caraïbe (point B) montre où se situent la faille de Léogâne et d'éventuelles autres failles secondaires, dont le mouvement ne doit pas être confondu avec celui de la grande faille d’Enriquillo-Plantain-Garden (trait noir vertical), qui n'a pas eu lieu.


    Le modèle de G. P. Hayes et de ses collègues. G. P. Hayes, de l'Institut des études géologiques des États-Unis et des collègues américains et japonais ont élaboré un autre modèle en combinant les observations simiques à des images obtenues par interférométrie satellitaire et à des observations de terrain. Sur ce modèle, le plan incliné correspondant à la faille de Léogâne apparaît en B, tandis que la faille d’Enriquillo-Plantain-Garden, très verticale, est notée en rouge. Elle passe au-dessus du point de départ de la rupture (hypocentre) marqué par une étoile. En C, les auteurs du modèle tentent de représenter le plan de glissement associé à une autre rupture qui semble s'être produite au Sud de l'hypocentre dans un sens inverse à celui de la faille de Léogâne. Les déplacement verticaux sont en fausses couleurs.

    POUR EN SAVOIR PLUS

    Dossier dans Nature Geoscience, 12 janvier 2010

    L'AUTEUR

    François Savatier est journaliste àPour la Science.

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  • Risk of giant quake off American west coast goes up

    A magnitude 8 or greater earthquake has a one in three chance of hitting in the next 50 years.

    A man rides his bicycle along a destroyed building in Concepcion,  Chile, Saturday Feb. 27, 2010 after an 8.8-magnitude struck central  Chile.America's Pacific Northwest has a one in three chance of being hit by an earthquake at least as strong as the one in Chile in February this year.AP Photo

    America's Pacific Northwest has a 37% chance of being hit by a magnitude 8 or larger earthquake in the next 50 years, a new study shows. That's more than double previous estimates of a 10-15% risk, says Chris Goldfinger, a marine geologist at Oregon State University in Corvallis.

    In a monograph1 soon to be published by the US Geological Survey, Goldfinger and colleagues examined more than 80 core samples taken from the seabed between Vancouver Island, in south-western Canada, and Cape Mendocino, in northern California, looking for deposits from submarine landslides triggered by massive earthquakes.

    All the sample locations lay near the Cascadia subduction zone, a fault zone some 1,000 kilometres long that runs alongside the northwest American coast not far offshore.

    “Public officials should think about this earthquake as a real possibility in the next 50 years.”


    Using a combination of carbon-14 dating of trapped plankton and geophysical measures of the sediments' physical and magnetic characteristics, Goldfinger's team looked for landslides that appeared to have occurred simultaneously in numerous locations. "If we can link them together, a great earthquake is the most likely cause," Goldfinger says.

    From the team's findings, he concludes that during the past 10,000 years — the farthest back that the core samples allow him to peer — the subduction zone has produced two types of earthquake. About half — 19 by Goldfinger's count — were megaquakes that rattled the entire region, producing magnitude-9 tremblers comparable to the one in the Indian Ocean that unleashed a devastating tsunami on 26 December 2004. Most of these had been discovered by other studies.

    The other type, of which Goldfinger identified 22, affected only the southern portion of the fault zone, producing earthquakes of around magnitude 8. These earthquakes are smaller than the magnitude-9 megaquakes, but are still uncomfortably large. "These are similar to what took place in Chile" on 27 February 2010, he says.

    Ticking time bomb

    Previous hazard estimates, based on the magnitude-9 earthquakes, had set the recurrence interval for earthquakes in the region at about 500 years, with a 10-15% chance of another in the next 50 years. But Goldfinger's study, by upping the total number of earthquakes to 41, has cut the average recurrence interval to about 240 years.

    The last earthquake on the subduction zone was on 27 January 1700. Adding in the new earthquakes, and taking into account the statistical distribution of intervals between them, the next earthquake is overdue, and there's a 37% probability it will occur somewhere along the Cascadia fault in the next 50 years.

     

    "Public officials should maybe look at the new numbers and think about this earthquake as a real possibility in the next 50 years, instead of just a remote possibility," Goldfinger says.

    Other researchers have welcomed the work. "Chris has done a huge labor with lots of cores and worked them up very carefully," says Brian Atwater, a US Geological Survey geologist based at the University of Washington, Seattle, who has studied tsunami deposits from earthquakes along the northern half of the subduction zone.

    "It's very useful information," says John Vidale, director of the Pacific Northwest Seismic Network at the University of Washington. The US Geological Survey has already convened a workshop this summer for the sole purpose of determining how to incorporate the new findings into earthquake-hazard maps, he says. He notes, though, that scientists must still work though all of Goldfinger's data to make sure that all 41 findings do represent earthquakes.

    • References

      1. Goldfinger, C. et al. Turbidite Event History: Methods and Implications for Holocene Paleoseismicity of the Cascadia Subduction Zone. USGS Prof. Pap. 1661-F (USGS, Reston, Virginia, in the press).

    http://www.nature.com/news/2010/100531/full/news.2010.270.html


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  • Des micrométéorites trouvées en Antarctique s'avèrent des indices précieux des premiers événements qui ont constitué notre Système Solaire.

    Marie-Neige Cordonnier

    Prélevez de la neige à quatre mètre de profondeur au Dôme C, au cœur de l'Antarctique, faites-la fondre, filtrez-la, et vous aurez de grandes chances d'y déceler des météorites de quelques centaines de micromètres de diamètre, particulièrement bien préservées. Cette profondeur correspond à des chutes de neige ayant eu lieu il y a 50 ans, époque où la région était encore vierge de l'activité humaine (elle abrite aujourd'hui la station scientifique franco-italienne Concordia) et où la neige était ultra propre.

    Ces poussières extraterrestres sont connues depuis les années 1990, mais grâce au soutien de l'Institut polaire Paul-Émile Victor, des physiciens du Centre de spectrométrie nucléaire et de spectrométrie de masse (Université Paris-Sud 11, CNRS/IN2P3) ont découvert, dans les neiges de Dôme C, un nouveau type de micrométéorites. La composition isotopique de deux de ces particules a été analysée par spectrométrie de masse au Muséum national d'histoire naturelle, et leur minéralogie étudiée à l'Université Lille 1 et à l'École normale supérieure. Leurs caractéristiques inattendues offrent de nouvelles clés pour appréhender les processus physico-chimiques qui ont accompagné les premières étapes de formation de notre Système Solaire.

    Les deux micrométéorites sont majoritairement constituées d'une matière organique très riche en carbone et présentant un important excès de deutérium – un isotope stable de l'hydrogène – par rapport à l'hydrogène. Jusqu'à présent, on pensait que l'excès de deutérium était la signature de poussières provenant de nuages interstellaires primordiaux, antérieurs à la formation du Système Solaire. Toutefois, dans la matière organique des micrométéorites sont enchâssés des grains de cristaux, des grains de verres de silice riche en magnésium et des grains de verres de sulfates de Fer-Nickel ; or la proportion de phases cristallines est très supérieure à celle observée dans le milieu interstellaire (où les minéraux sont essentiellement présents sous forme amorphe). Les cristaux présents dans la matière organique de ces micrométéorites sont en revanche similaires à ceux observés dans les particules de la comète Wild 2, rapportées par la mission Stardust en 2006. Selon les chercheurs, il est donc probable que la matière organique constituant ces micrométéorites se soit formée à l'intérieur du Système Solaire lui-même ; elle pourrait s'être enrichie en deutérium au contact de réservoirs locaux de gaz riches en deutérium, dont l'origine fait encore débat.

    En outre, les grains de minéraux n'ont pu se constituer qu'à de très hautes températures, c'est-à-dire à proximité du jeune Soleil. Les deux micrométéorites sont donc des vestiges du disque protoplanétaire qui entourait le Soleil à l'aube de notre Système Solaire. En arrivant jusqu'à nous, elles prouvent que des grains de matière organique peuvent voyager sur plusieurs dizaines d'unités astronomiques. Ou comment une petite boule de neige devient une fenêtre sur l'histoire du Système Solaire et l'origine de la matière organique sur Terre.

    Des traces de la  formation du Système Solaire dans les neiges de l’Antarctique
    J. Duprat / CSNSM-CNRS

    L’extraction de neige propre dans une tranchée creusée près de la station Concordia, en Antarctique.

    à voir aussi

    J. Duprat et al., Science, mai 2010
    Dans la micrométéorite « 119 » observée par microscopie éléctronique à balayage (A), les régions riches en carbone sont sombres (flèches), tandis que les zones claires sont les inclusions de minéraux. Dans la micrométéorite « 19 » observée par microscopie électronique à transmission (B et C), les minéraux cristallins (ol, px, S) sont opaques et la matière organique (OM) forme une matrice transparente. Les grains de verre sont intermédiaires (cadres).

    Pour en savoir plus

    L. R. Nittler, Cometary dust in the laboratory, Science, vol. 328, pp. 698-699, 2010.

    L'auteur

    Marie-Neige Cordonnier est journaliste à Pour la science.

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  • Le débit d'un courant froid de l'océan Austral, une sorte de rivière sous-marine à 3 000 mètres de profondeur, serait beaucoup plus important que prévu. Son rôle sur la circulation océanique globale reste à évaluer.

    Jean-Jacques Perrier

    Dans les régions polaires, les océans sont parcourus de courants froids profonds qui remontent vers l'équateur. Yasushi Fukamachi, Steve Rintoul et leurs collègues de l'Université d'Hokkaido, au Japon, et du Centre de recherche sur le climat et les écosystèmes antarctiques, à Hobart, en Australie, ont découvert que l'un d'eux, au Sud de l'océan Indien, présente le débit le plus élevé jamais mesuré à 3 500 mètres de profondeur.

    Durant les deux dernières décennies, les scientifiques ont effectué des mesures sur l'« Eau antarctique de fond » (AABW, Antarctic bottom water), un déplacement d'eau à une température proche de 0 °C qui remonte vers le Nord à plus de 2 000 mètres de profondeur. Ces mesures indiquent une circulation via deux courants profonds (ou DWBC, deep western boundary currents). Le premier remonte de la mer de Weddell, dans l'Atlantique sud, jusqu'au large du Brésil ; le second courant part de la mer de Ross, dans la partie Pacifique de l'océan Austral, passe au large de la Terre Adélie, dans l'océan Indien austral, puis continue son chemin le long du plateau des Kerguelen, une vaste formation volcanique sous-marine située au Nord du continent Antarctique, à 4 200 kilomètres au Sud-Ouest de l'Australie.

    Ce courant des Kerguelen a été mis en évidence en 1994 par Kevin Speer et Andrew Forbes, de l'Agence australienne de la recherche (CSIRO). En 1999, l'équipe de Kathleen Donohue, de l'Université d'Hawaii, et de Michael McCartney, de la Woods Hole Oceanographic Institution, dans le Massachusetts, avait réalisé une première estimation de sa vitesse et de son débit.

    Pour obtenir des séries de mesures au cours du temps et, ainsi, un débit moyen, le groupe australo-japonais de Y. Fukamachi et S. Rintoul a mis en place entre février 2003 et janvier 2005, à partir du bateau d'exploration Aurora Australis, huit lignes de mouillage portant des courantomètres (appareils qui mesurent la vitesse de l'écoulement) et des instruments de mesure de la température et de la salinité, le tout réparti sur 175 kilomètres à l'Est du plateau des Kerguelen.

    Ces mesures montrent que le courant profond des Kerguelen est au moins aussi puissant — et sans doute davantage — que celui qui naît dans la mer de Weddell et qu'il fluctue peu au cours du temps. À 75 kilomètres du bord du plateau, son débit moyen est de 12,3 sverdrups (millions de mètres cubes par seconde), avec une vitesse moyenne de 20 centimètres par seconde, sur une largeur de seulement 50 kilomètres. Près de la moitié du courant repartant vers le Sud, le débit moyen net est estimé à 8 sverdrups, soit quatre fois plus que celui du courant de Weddell dans l'Atlantique Sud. Les chercheurs relativisent cependant cette différence, compte tenu des imprécisions des mesures effectuées dans l'Atlantique Sud, qui datent de 1991.

    Les courants d'origine polaire participent à la circulation océanique globale qui relie tous les océans du globe. Ils contribuent à les refroidir et, ainsi, à réguler le climat terrestre. Pour l'heure, on ignore le rôle exact du courant des Kerguelen. Il dépend notamment de sa capacité à se mélanger au Courant circumpolaire antarctique ou à le traverser. Ce dernier, le plus puissant des courants océaniques, brasse plus de 100 millions de mètres cubes d'eaux froides par seconde d'Ouest en Est dans l'océan Austral.

    http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-le-courant-marin-venu-du-froid-25097.php
    Le courant marin  venu du froid
    Kurtis Burmeister, National Science Foundation

    Au large de l'Antarctique, des eaux salées et froides (d'une température proche de 0 °C) et denses (l'eau froide étant plus dense que l'eau tiède) plongent le long du plateau continental et alimentent des courants froids profonds.

    à voir aussi

    National Geophysical Data Center
    Situation du plateau des Kerguelen (ovale blanc) dans l'océan Indien austral.
    CSIRO
    Le courant profond des Kerguelen (en gris) est créé par la plongée d'eaux froides en mer de Ross et au large de la Terre Adélie. Il longe le plateau des Kerguelen à l'Est. Une moitié effectue une boucle vers le pôle Sud tandis que l'autre continue sa route vers le Nord.
    NASA
    Le courant circumpolaire antarctique (en bleu) est le plus puissant courant marin de la Terre, avec un débit de plus de 100 sverdrups (millions de mètres cubes par seconde). Faisant tout le tour de l'océan Austral le long du continent Antarctique, il relie d'Ouest en Est les parties australes de l'océan Atlantique, de l'océan Indien et de l'océan Pacifique. Il est possible que le courant des Kerguelen l'alimente.

    Pour en savoir plus

    Y. Fukamachi et al., Strong export of Antarctic Bottom Water east of the Kerguelen plateau, Nature Geoscience, prépublication en ligne, 25 avril 2010.

    L'auteur

    Jean-Jacques Perrier est journaliste à Pour la Science.

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  • Une éruption explosive

    Vue  satellite du volcan islandais en éruption. Comment un volcan islandais bloque l’ensemble du trafic aérien européen.

    Depuis jeudi matin, le trafic aérien européen est paralysé par un nuage de cendres qui se déplace entre 10 et 15 kilomètres d’altitude. Il s’échappe depuis mercredi matin, sous la forme d’un gigantesque panache blanc, du volcan islandais Eyjafjöll. Pourquoi cette éruption a-t-elle des conséquences aussi spectaculaires ?

    L’Islande, grande île presque entièrement constituée de roches volcaniques, se trouve au milieu de l’Atlantique au niveau de la dorsale océanique où se forment la plaque américaine et la plaque eurasiatique. Autrement dit, dans une région où l’activité sismique est très importante. L’île compte plus de 200 volcans, dont 130 sont actifs.

    La particularité du volcan Eyjafjöll, à 160 kilomètres au sud-est de Reykjavik, est d’être recouvert par une grande calotte glaciaire. Or, lorsque le magma et l’eau de cette calotte, rendue liquide par la chaleur, entrent en contact, il se produit une réaction explosive. La lave est fragmentée en microparticules qui sont propulsées jusqu’à 8 kilomètres au-dessus du volcan. Tant que celui-ci libère de la lave, et tant qu’il reste de la glace, ce nuage de cendres est alimenté.

    Ainsi, même si l’éruption durait plusieurs mois, les explosions et les cendres ne devraient pas persister plus de quelques jours. Poussé par le vent qui souffle vers l’est, le nuage a atteint le nord-ouest du continent européen jeudi dans la matinée, et continue aujourd’hui sa progression vers le sud-est. Après avoir parcouru plus de mille kilomètres, il a perdu de sa densité. Mais les cendres, présentes aux altitudes auxquelles volent les avions, bien que dispersées, peuvent toujours endommager les réacteurs.

    Les Islandais ne sont pas véritablement gênés par ce nuage qui, emporté par le vent, ne s’attarde pas au-dessus de l’île. Mais ils doivent faire face à un autre phénomène, lui aussi lié à la rencontre du magma et de la glace. Celle-ci donne lieu à la formation de « lahars », des coulées visqueuses, chaudes et denses, mélange d’eau, de magma et de roche, pouvant sur leur passage démolir habitations et infrastructures.

    L’éruption semble liée à celle qui avait commencé un mois plus tôt, au niveau d’une autre faille très proche de celle d’où s’épanche aujourd’hui le magma, et qui s’est terminée mardi dernier. Faut-il craindre un réveil généralisé du volcanisme en Islande ? L’activité d’Eyjafjöll ne montre pour l’instant aucun signe d’affaiblissement. Les vulcanologues surveillent de près les enregistrements sismologiques de la région, car cette éruption pourrait bien déclencher celle d’un volcan voisin. Le plus inquiétant de ceux-ci est le Katla, connu pour avoir produit de grandes coulées dévastatrices et au pied duquel vit une population relativement dense.

    Dora Courbon Tavcar

    http://www.larecherche.fr/content/actualite-terre/article?id=27542

    Éruption en Islande

    L'éruption d'un volcan en Islande perturbe le trafic aérien Nord-européen. Le nuage de cendres devrait arriver en France vendredi 16 avril.

    Loïc Mangin

    Dans la matinée du 15 avril, plusieurs aéroports d'Europe du Nord (Angleterre, Irlande, Écosse, Suède, Norvège...) ont suspendu de nombreux vols, tandis que le trafic aérien au-dessus de la mer du Nord est fermé. En France, les aéroports situés au Nord du pays ont été fermés à 17 heures, tandis que ceux d'Orly, de Roissy et du Bourget le seront à 23 heures. La raison de ces perturbations : l'éruption d'un volcan en Islande, situé sous le glacier Eyjafjallajokull, à 125 kilomètres à l'Est de Reykjavik. Le volcan en question, l'Eyjafjöll (en français, la Montagne des îles) est un stratovolcan d'environ 700 000 ans. La lave se mélange à l'eau fondue du glacier et crée un panache de vapeur et de cendres qui a obscurci le ciel d'une grande partie de l'Europe du Nord à la faveur de vents forts soufflant en haute altitude.

    Les dernières éruptions historiques connues datent de 550, 1612 et de 1823. Cependant, le 20 mars 2010, de nouveaux signes d'activité ont été détectés : des coulées de lave précédées de plusieurs séismes. En outre, un panache volcanique s'est élevé jusqu'à un kilomètre d'altitude. Ces phénomènes ont conduit les autorités à évacuer préventivement le village de Fljótshlíð (environ 600 personnes).

    L'éruption nouvelle, qui a obligé à d'autres évacuations, fait craindre une reprise de l'activité d'un autre volcan, le Katla. En effet, selon les géologues, certains événements indiquent que les deux volcans seraient liés. D'abord, en 1612, les deux volcans étaient en éruption en même temps. Ensuite, en 1823, l'éruption du Katla a suivi l'arrêt de celle du Eyjafjöll. Or ce dernier est peu à craindre, le Katla, lui aussi recouvert d'une calotte glaciaire (Mýrdalsjökull), serait l'un des plus actifs et des plus destructeurs volcans d'Islande. On recense une vingtaine d'éruptions de ce volcan depuis l'arrivée de l'homme sur l'île, à la fin du IXe siècle. Par exemple, en 934, le Katla a émis 18 kilomètres cubes de lave, un volume des plus importants connus. En outre, ces éruptions ayant lieu sous la glace, la chaleur du magma entraîne des débâcles (nommées jökulhlaup en islandais), c'est-à-dire des crues puissantes.

    Le principal danger pour les vols n'est pas tant le manque de visibilité, mais la fragilité des avions, et notamment des réacteurs, aux cendres et à la silice qu'elles contiennent. Les services islandais de météorologie prévoient le déplacement de ce nuage vers la France et leur arrivée sur les côtes bretonnes et normandes vendredi 16 avril.

    Éruption en Islande
    © Joschenbacher

    L'éruption du volcan Eyjafjöll.

    à voir aussi

    © Google
    Le volcan Eyjafjöll est à 125 kilomètres de Reykjavik.
    © Iceland Met Service.
    Le déplacement du nuage le 15 avril à 6 heures, à midi, à 18 heures et le 16 avril à minuit. En rouge, le nuage du sol à 6 600 mètres d’altitude, en vert de 6 600 à 12 000 mètres d’altitude et en bleu, au-dessus de 12 000 mètres.

    L'auteur

    Loïc Mangin est rédacteur en chef adjoint à Pour la Science.

    Pour en savoir plus

    Le Dossier Pour la Science La Terre à cœur ouvert.

    http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actualite-ruption-en-islande-24956.php


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