• Émotion et raison au cœur de la morale

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    Lorsque nous prenons des décisions d’après notre sens moral, émotions et raison se mêlent étroitement.

    Sébastien Bohler
    Jayfish / Shutterstock
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    L'auteur

    Sébastien Bohler est journaliste àCerveau&Psycho

    « À votre avis, est-il acceptable de lancer un missile sur un avion de ligne pour qu’il ne s’écrase pas sur un gratte-ciel en tuant des centaines d’innocents ? » Pour la majorité des personnes interrogées, la réponse à cette question, formulée de façon abstraite, est affirmative. En revanche, la réponse est plus souvent négative quand la question devient : « Lanceriez-vous le missile pour détruire l’avion ? » On a longtemps considéré que cette différence s’expliquait par le fait que la raison s’imposait (sauver le plus de vies) sur l’émotion (refuser de sacrifier les passagers) dans la première formulation, conduisant à une réponse utilitariste, et que l’inverse se produisait dans la seconde formulation.

    En fait, la question n’est pas aussi simple, comme l’ont montré Sébastien Tassy et ses collègues de l’Institut des neurosciences cognitives de Marseille. Dans une expérience, ils ont soumis des participants à des dilemmes moraux de ce type et ont bloqué, au moyen d’un champ magnétique traversant la boîte crânienne, la zone de leur cerveau censée analyser les situations de façon rationnelle (une région nommée cortex préfrontal dorsolatéral). Ils ont constaté que les sujets continuaient à répondre plus souvent par l’affirmative à la première question, alors que l’on aurait attendu que la réponse émotionnelle (non) l’emporte. En revanche, l’inactivation de cette zone supposée rationnelle n’a pas modifié le type de réponses fournies à la seconde question.

    Selon les auteurs de cette expérience, le cortex préfrontal dorsolatéral n’est pas purement rationnel ! Il traiterait des émotions secondaires lors de l’élaboration d’un jugement abstrait. Il ne s’agit pas de ressentis bruts, mais d’émotions reconstituées à partir de situations imaginées, de mots, de concepts. Le raisonnement intervient, mais il est fortement marqué par l’émotion. C’est pourquoi le fait d’inhiber cette zone cérébrale ne réduit pas la fréquence des jugements utilitaristes. En revanche, cela ne change pas la prise de décision personnelle, « en situation » (seconde question) qui fait intervenir des émotions dites primaires... Le jugement moral est une mosaïque d’émotions et de raisonnements que l’on commence à disséquer.

    Pour en savoir plus

    S. Tassy et al., Social Cognitive and Affective Neuroscience, vol. 7, p. 282, 2012


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